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vendredi 26 décembre 2014

Question de point de vue ...


L’Enseignement Explicite, faute de faire partie des outils institutionnels d’enseignement, est souvent victime de méconnaissance, d’interprétations erronées, y compris même par certains qui s’en revendiquent. Ainsi, j’ai trouvé au fil de mes visites sur Internet un diaporama de présentation, d’auteur anonyme, qui confondait joyeusement enseignement transmissif et enseignement traditionnel et qualifiait par conséquent l’Enseignement Explicite de non transmissif. Ce méli-mélo propre à dérouter quiconque voudrait en savoir plus, a eu au moins un intérêt : celui de m’interpeller sur une description plus adéquate des choses.

En général, le critère de distinction des méthodes pédagogiques est leur spécificité, c’est-à-dire le type d’action menée par l’enseignant. Ainsi, depuis des lustres, on a l’habitude de distinguer les méthodes transmissives (dites aussi directes) qui transmettent directement les informations de celui qui sait vers celui qui ne sait pas encore, et les méthodes indirectes supposées faire découvrir celui qui ne sait pas encore. Ce faisant, on les différencie par leurs modes d’action. Cette classification ne permet pas un choix très éclairé si on s’arrête là. Exagérons un peu (à peine) : je vais choisir une méthode par découverte car je me vois mieux dans le rôle d’un accompagnateur (guide by the side selon l’expression de John Hattie) ; je vais choisir une méthode transmissive car j’ai envie de dispenser un cours magistral.

D’où la véritable question : pourquoi choisir telle ou telle méthode ? Question légitime pour quiconque jouit d’une véritable et entière liberté pédagogique. Il n’y a qu’une seule réponse possible à cette question : pour son efficacité. C’est-à-dire pour les résultats induits. On ne peut pas, dans une société avancée, prétendant former les citoyens éclairés de demain, faire l’économie de la quête d’efficacité en matière éducative. Dès lors, les données probantes deviennent incontournables. Par conséquent, plutôt que d’utiliser la sempiternelle distinction transmissif/non transmissif (avec tous les sous-entendus négatifs collés au transmissif) il serait plus juste de distinguer les méthodes s’appuyant sur les données probantes et celles s’appuyant sur autre chose. Certes, cela ne va pas dans le sens des adeptes du constructivisme qui préfèrent jeter l’opprobre sur tout ce qui est transmissif au nom de vertus humanitaires visant à un supposé épanouissement de l’enfant. Et qui sont bien mal à l’aise quand il s’agit d’expliquer leurs choix et d'en prouver leur bien-fondé. Les mêmes qui s’offusquent lorsqu’on leur reproche de baser leurs pratiques sur des choix idéologiques.


En résumé, voici comment on devrait considérer les choses (tableau non exhaustif, la recherche étant toujours en cours).


On constate alors dans cette perspective inédite, que la question d’un enseignement transmissif ou non transmissif devient secondaire et l’on recentre l’intérêt des méthodes pédagogiques sur leurs efficacités respectives, validées ou non par la recherche.

Nul doute que cette façon de présenter les choses ne plaira pas à tous ceux qui rejettent l’idée des données probantes en éducation. Mais tous ceux qui, au contraire, s’en revendiquent, doivent cesser de se couler dans la dichotomie Transmissif/Non transmissif et mettre en avant ce qui fait leur force : les données probantes.


dimanche 21 décembre 2014

jeudi 11 décembre 2014

Éloges et esprit dynamique

Les travaux de Carol Dweck sur l’esprit dynamique et l’esprit statique sont maintenant bien connus. Une nouvelle étude a été menée récemment afin de déterminer l’impact des éloges dans la constitution d’un esprit dynamique ; il en ressort que  tous les éloges ne se valent pas et que parfois, certains encouragements peuvent aboutir à l’effet inverse de celui souhaité.

L’expérience portait sur plus de 400 élèves de CM2, d’horizons variés. On a donné à chacun divers exercices, tirés de tests de quotient intellectuel. À la fin du test n°1, les élèves ont été complimentés de deux manières. Le premier groupe, appelons-le I,  a été félicité sur son intelligence : « Vous avez bien répondu, vous êtes doués sur le sujet ». Le deuxième groupe, appelons-le E, a été félicité sur les efforts produits : « Vous avez bien répondu, vous avez travaillé dur pour parvenir à ce résultat. » L’impact de ces deux manières de féliciter est très important.

Puis, pour l’épreuve suivante, chaque élève a eu un choix à faire : choisir entre un test plus difficile, mais qui serait pour eux l’occasion d’apprendre plus et de progresser, ou alors un test semblable au précédent, qu’ils réussiraient sans aucun doute.  Dans le groupe I (groupe félicité sur son intelligence), 67% ont choisi la version facile. Dans l’autre groupe, 92% ont choisi  le test plus difficile.

Voici, en substance l’explication de Carol Dweck. Selon elle, l’enfant, comme l’adulte, se dit : « Vous pensez que je suis brillant, c’est pourquoi vous m’admirez et que j’ai, à vos yeux, une certaine valeur. Par conséquent, je n’ai pas intérêt à faire quoi que ce soit qui puisse briser cette appréciation positive ». C’est ainsi que les enfants construisent un esprit statique et qu’ils limitent le développement de leurs talents. Par contre, si l’on insiste sur les stratégies mises en œuvre, sur les manières d’aller plus loin, de faire face à des tâches difficiles, alors on est dans un processus de développement et de progrès. Les enfants comprendront qu’une erreur de leur part ne sera pas imputée à un manque de talent ou d’intelligence. Ils auront compris que s’ils ne relèvent pas des défis en se frottant à des tâches de plus en plus difficiles, ils ne progresseront pas, ils ne grandiront pas. »

Dans la 3ème étape de l’expérience, on a donné aux élèves un test vraiment très difficile, pratiquement infaisable. On voulait connaître la façon de réagir des deux groupes face à une importante difficulté. Le groupe E (ayant été félicité sur ses efforts) a été capable de travailler plus dur et plus longtemps sur la question et a pris plaisir à l’expérience. L’autre groupe, ayant été félicité sur son intelligence, a été frustré par l’exercice et a abandonné beaucoup plus vite.

Le 4ème test était du même niveau que le premier, à savoir très facile. Les élèves du  groupe I ont eu de moins bons résultats qu’au premier test, marquant une baisse de 20%. Le groupe E, au contraire, s’est amélioré d’environ 30%, soit un écart entre les deux groupes de 50%.

Voilà une expérience montrant comment l’éloge peut encourager ou limiter le développement d’un enfant sur le plan des apprentissages. Tous les adultes qu’ils soient enseignants, parents, éducateurs ont compris l’importance des éloges mais tous ne savent pas que certains types d’éloges peuvent se révéler contre-productifs.

Il me paraît urgent que ce genre de conclusions soient connues du plus grand nombre, et en particulier des enseignants. Malheureusement, l’idéologie constructiviste, dominante dans les classes, constitue une grande force de résistance à des idées telles que les efforts et une pratique abondante. Elle laisse croire aux enfants par exemple, qu’ils apprendront mieux en jouant, ou que tous peuvent sans effort parvenir à des résultats, ou encore qu’avant même de posséder les bases, tous peuvent devenir des experts etc… Elle n’a pas de mal à persuader les élèves en édulcorant les évaluations, ou en les supprimant. Dans cette forme pédagogique, pas de défi véritable, mais une mise en contact immédiate avec la complexité sans que l’élève ne possède les moyens de l’affronter. Voilà qui laisse de côté bien des élèves et les conforte dans la piètre opinion qu’ils ont d’eux-mêmes. Tous les ingrédients sont là pour que les élèves acquièrent un esprit statique. Phénomène encore aggravé dans les familles où l’éducation consiste à surprotéger les enfants, à aplanir pour eux toute éventuelle difficulté et à faire en sorte qu’ils ne connaissent aucune frustration.   

À l’école, l’Enseignement Explicite sort du lot commun car sa démarche intègre l’acquisition de l’esprit dynamique. Il complimente systématiquement et abondamment sur les efforts fournis et sur les stratégies utilisées. Il donne à tous les élèves l’envie et les moyens de faire les efforts ; il leur permet de maîtriser les stratégies par un enseignement explicite, progressif qui ne laisse rien dans l’ombre. Les élèves réalisent alors que les résultats sont à la portée de tous, car les efforts le sont aussi ; il n’y a pas d’un côté les élèves nantis par la nature d’une intelligence supérieure et de l’autre les autres.

L’esprit dynamique est l’une des clés, et non des moindres, des apprentissages réussis, et au-delà,  d’un parcours de vie réussi. L’école est le lieu rêvé pour qu’il s’y développe. Mais encore faudrait-il que les moyens soient mis en œuvre pour cela, à commencer par des méthodes pédagogiques propres à le susciter. De toute évidence, les réformes qui se préparent, une fois de plus, vont dans une direction opposée.  


mardi 11 novembre 2014

Enseignement basé sur les données probantes

Je me propose de résumer une courte vidéo extrêmement limpide sur l’enseignement basé sur les données probantes (ou preuves). Cela permettra je l’espère de lever quelques ambiguïtés pour celles et ceux que cette approche effraie. Elle est issue du site britannique

http://www.evidencebasedteaching.co.uk/









Pour commencer, voyons ce qu’elle n’est pas. L’enseignement basé sur les données probantes ne signifie pas que vous, enseignant, allez faire une expérimentation, ni que vous devrez recueillir des données pour pouvoir ensuite les utiliser dans votre enseignement.
En dehors du champ éducatif, la notion de preuve nous est familière, dans la police, dans l’ingénierie. Mais aussi en médecine, depuis une centaine d’années ; personne ne souhaiterait consommer des médicaments n’ayant pas été testés au préalable.

1.     L’enseignement dispensé dans les classes aujourd’hui est-il basé sur les données probantes ?
Dans les classes conduites par des enseignants efficaces, beaucoup d’actions sont en accord avec les données probantes. Même si les enseignants n’en ont pas conscience. Le problème se présente quand on demande aux enseignants d’utiliser telle ou telle méthode. Beaucoup de décisions gouvernementales ne sont soutenues par aucune preuve ou très peu. Il serait bien plus efficace de former les enseignants à l’utilisation des données probantes dans leur enseignement.
2.     Les neuromythes
Une étude de l’OCDE, intitulée Comprendre le cerveau : la naissance d’une science de l’apprentissage a identifié des neuromythes : ce sont des idées fausses relatives au fonctionnement du cerveau et non soutenues par des preuves. En voici quelques-unes :
•         Cerveau droit /cerveau gauche avec des dominantes gauche ou droite selon les individus. Bien sûr, le cerveau a deux hémisphères mais ils sont reliés entre eux par des milliers de connexions. Dans chaque tâche, nous utilisons diverses parties de notre cerveau dans les deux hémisphères.
•         Les styles d’apprentissage (ou styles cognitifs). Nous avons tous une dominante : nous sommes plutôt visuels, ou auditifs ou kinesthésique. Néanmoins, il a été montré qu’enseigner selon le style dominant n’améliore en rien les apprentissages. C’est donc une contre-vérité.
•         Nous n’utilisons que 10 % de notre cerveau. Cela est entièrement faux ; les preuves montrent pratiquement le contraire. Quand les gens maîtrisent une habileté,  ils utilisent moins leur cerveau.
•         La gymnastique du cerveau : certains exercices stimuleraient des parties du cerveau que les autres activités ne permettent pas. Les données montrent que cela n’a aucun effet.
Dans ce climat de flou et de contre-vérités, l’université de York a créé l’institut pour un enseignement efficace (Institute for Effective Education). L’objectif est que les enseignants et les décideurs puissent avoir un accès facilité à la recherche et une entière confiance dans sa fiabilité. Utiliser les données probantes devrait être aussi important dans l’enseignement que ça l’est en médecine. Derrière cette initiative, se trouve Estelle Morris (ministre de l’Éducation britannique, l’une des rares à ce poste à avoir été enseignante) ; elle souhaite transformer la relation entre les chercheurs, les enseignants et les décideurs afin que l’enseignement s’appuie sur des preuves et non plus sur des opinions, ou des modes.
3.     National Center for Evidence in Education
Un institut nommé NICE (National Institute for Health and Clinical Excellence) assimile les données pour les rendre accessibles aux médecins. En effet, ceux-ci n’ont pas le temps d’étudier toutes les recherches publiées dans le monde. Il faudrait l’équivalent pour l’enseignement. Ce serait très utile d’avoir une publication facile d’accès, que les enseignants pourraient consulter pour connaître les données probantes, afin de pouvoir les appliquer directement en classe. Ils n’ont pas le temps d’aller chercher toutes les recherches publiées. L’Institut pour l’enseignement efficace explore cette idée d’un National Evidence Center, c’est un travail en cours actuellement.
4.     Les données relatives aux expériences menées dans les classes.
  •  On peut tout d’abord voir comment s’y prennent les excellents enseignants. 
  • On peut mener des expériences en classe avec des groupes de contrôle.
  •  On étudie ce que nous disent les neurosciences.

Tout cela propose un certain nombre de données fiables.  Des milliers d’expériences sont menées à travers le monde mais la plupart sont cachées dans des publications universitaires. Une façon de rassembler toutes ces informations est de se pencher sur les méta-études qui combinent les résultats de nombreuses études. Comment fonctionne une méta-étude ? Imaginons 4 (mais ça pourrait aussi bien être 40 ou 400) techniques pédagogiques à étudier. L’équipe va d’abord étudier la structure de l’étude ; y avait-il un groupe de contrôle, y avait-il assez d’élèves, le temps de l’étude était-il suffisant ? Si la qualité de ces facteurs n’est pas bonne, l’étude en question sera éliminée de la méta-étude. Ne seront conservées que les études de bonne qualité. Pour les enseignants, cela signifie qu’ils auront beaucoup moins à lire et plus de preuves fiables.
Voici quelques chiffres pour se faire une idée. Prenons l’exemple de l’apprentissage coopératif : plus de 300 études, plus de 24000 participants ont été utilisés. Avec des études de cette ampleur nous pouvons avoir toute confiance dans la fiabilité des résultats.
Où trouver ces informations ? Des ouvrages tels que : Geoff Petty, Evidence Based Teaching ; John Hattie, Visible Learning ; Robert Marzano, Classroom Instruction that Works et bien d’autres. Celui-ci suggère 10 éléments fiables pour utiliser les données probantes en classe. Chacune de ces méthodes a un impact effectif sur les résultats.
5.     Que disent les preuves tirées des neuro sciences ?
Ce sont des connaissances nouvelles qui datent des années 90, époque où l’on a inventé de nouveaux procédés pour explorer le cerveau. Avec ces machines nouvelles on peut voir quelles zones du cerveau sont actives, ce que l’on ne pouvait pas voir auparavant. À l’heure actuelle, les résultats sont plus accessibles aux enseignants grâce à des publications telles que : David Sousa, How the Brain Learns ; Sarah-Jayne Blakemore & Utah Frith ;  The Learning Brain, lessons for education ; Patricia Wolfe, Brain Matters ; John Geake The Brain at School …
Que nous enseignent les neurosciences ? Le cerveau comprend des zones spécialisées, il n’y a pas une zone de l’intelligence. Si nous améliorons les habiletés du cerveau nous améliorons l’intelligence.
La mémoire se forme quand des cellules sont liées entre elles ; par conséquent on ne peut pas apprendre quelque chose sans la relier à une autre que nous connaissons déjà.(sauf dans l’apprentissage par cœur) les liens sont importants pour que la compréhension s’opère.
Les conclusions des neurosciences vont-elles dans le même sens que les données observées en classe ? Prenons un exemple dans les 10 éléments cités par R.Marzano : en n°5 apparaissent les méthodes graphiques. Les expériences en classe montrent que cela est très efficace. Si l’on questionne les neurosciences sur le sujet, elles répondent que le cerveau possède un très grand cortex visuel, spécialisé dans le traitement des images. Si nous l’utilisons, cela permet d’améliorer les apprentissages.
Par conséquent, nous sommes en présence de deux types de preuves (expérimentales et neuroscientifiques) dans lesquelles nous pouvons avoir une totale confiance.
6.     Comment utiliser ces données en classe ?
L’avantage dans les données probantes, c’est que l’enseignant garde le contrôle. C’est l’accès aux preuves qui donne aux médecins leur pouvoir. C’est la base du professionnalisme. Ce n’est pas une série d’injonctions.  Comment faire ? Pour les enseignants, il n’est pas nécessaire d’attendre la permission de qui que ce soit, chacun peut utiliser ces méthodes immédiatement. Ils peuvent aussi demander des formations dans leurs écoles ou collèges. Et surtout, ils peuvent mettre en doute des injonctions qui ne sont pas soutenues par les preuves. Bien sûr, l’idéal serait d’être soutenu par le ministère. Comment ? Les politiques éducatives devraient proposer exclusivement des méthodes ayant été testées. Pour cela, il serait utile de mettre en place un Centre National des données probantes auquel nous pourrions faire appel pour des conseils. Cela signifierait que les enseignants seraient désormais traités comme des professionnels. Il faudrait également créer une qualification basée sur les données et créer des experts en la matière. La formation devrait occuper une place importante. De la même manière que nous n’utilisons pas des médicaments n’ayant pas été testés, nous ne devrions pas utiliser de méthodes pédagogiques n’ayant pas été testées.

Voir aussi: 

Sur les mythes 



Sur les styles d’apprentissage