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dimanche 17 avril 2016

Manuel explicite : simplicité et efficacité



Les nouveaux programmes prendront effet à la rentrée prochaine dans l’enseignement élémentaire. Les éditeurs nous ont littéralement inondés de spécimens, plus d’une dizaine par classe, ce qui reste exceptionnel. Sur la couverture, en lettre quasi clignotantes, Nouveaux Programmes. Quand on observe les contenus, très peu de choses ont changé. Moralité : ne pas se précipiter. 


La question des manuels s’est posée dès que nous avons fait connaître l’Enseignement Explicite, incitant un certain nombre d’enseignants à l’adopter dans leurs classes. À juste  titre, car le manuel est un outil très utile dans une pratique pédagogique visant l’efficacité. Contrairement au constructivisme, l’Enseignement Explicite ne demande pas à l’enseignant d’être sa propre ressource en la matière. Les manuels sont méprisés par le pédagogiquement correct et l’on se plaît à penser que les meilleurs outils sont ceux bricolés par l’enseignant lui-même. Cela n’est pas une attitude professionnelle. Quant à l’efficacité de telles entreprises, on en attend toujours les preuves.  


Quelle est la place du support écrit en Enseignement Explicite ? Les remarques qui suivent valent pour l’enseignement du français et des mathématiques. Le manuel doit servir avant tout à l’élève pour accompagner sa pratique  en proposant des exercices nombreux et des synthèses auxquelles il pourra se référer de manière autonome. L’ouvrage doit être simple de facture, nul besoin de fioritures, d’illustrations aux couleurs voyantes, ou autres fantaisies graphiques supposées attirer l’enfant, comme l’affectionnent tant les éditeurs. Au contraire, ces enjolivures sont propres à disperser l’attention des élèves, ce qui n’est pas le but.  Le manuel n’est pas un « beau livre », c’est tout simplement un objet utile et efficace. Les éditeurs et les auteurs, trop souvent, privilégient la forme au fond, cela donne des ouvrages sur papier glacé,  bien souvent agréables à l’œil, souvent peu efficaces mais par contre hors de prix. 


Sur le fond, rappelons les caractéristiques de l’Enseignement explicite qui pourraient permettre d’imaginer un manuel. Dans le déroulé d’une leçon, la partie modelage, exécutée par l’enseignant, lui est personnelle et se calque sur le niveau de la classe. L’enseignant la structure à partir des connaissances préalables de ses élèves, que lui seul connaît bien ;  il montre, il pratique devant les élèves, il « met un haut-parleur sur sa pensée ».  L’enseignant fait tout cela au tableau. Par conséquent, il n’est pas indispensable que le modelage figure dans le manuel. Tout au plus, pourrait-il figurer dans le guide du maître en donnant quelques pistes  générales, des exemples et des contre-exemples à présenter et surtout les erreurs à éviter. L’Enseignement Explicite accorde une grande importance à la pratique, d’abord guidée puis autonome. C’est là que l’enseignant a besoin d’avoir en sa possession un grand nombre d’exercices de difficultés croissantes. En conséquence, le manuel explicite devrait se présenter comme une banque d’exercices variés et de tous niveaux partant toujours du plus simple pour aller vers le plus complexe. L’Enseignement Explicite accorde également une importance particulière aux révisions ; le manuel devrait prévoir des exercices de révision spécifiques mais cela n’est pas obligatoire ; l’enseignant pouvant puiser dans le stock de la base de données. Enfin, n’oublions pas les synthèses (Qu’avez-vous retenu ?) qui dans un manuel peuvent prendre la forme de résumés. Finalement, le cahier des charges pour un manuel explicite réside uniquement dans le nombre et la qualité des exercices proposés et dans leur progressivité. Il existe un certain nombre d’ouvrages dans cet esprit, très abordables et utilisables en Enseignement Explicite mais je me garderai bien de toute forme de publicité, afin de ne pas susciter  l’amertume des uns ou la déception des autres. Il faut prendre conscience qu’aucun manuel ne pourra jamais remplacer une séance explicite si l’enseignant n’a pas intégré les tenants et les aboutissants de cette méthode pédagogique. Par contre, il est un outil indispensable pour quiconque maîtrise l’esprit de l’enseignement explicite. 


Les ressources en ligne seraient à mon sens une solution très adaptée pour l’avenir, d’autant plus que beaucoup d’écoles sont maintenant équipées en TBI. Mais de toute évidence, les éditeurs français n’y sont pas prêts. Au mieux, certains proposent des versions identiques à la version papier à condition d’acheter une série papier. 

Enfin, n’oublions pas qu’il y a de grandes inégalités sur le territoire français entre les écoles publiques, les sommes allouées étant laissées à la charge et à la discrétion des communes. La question financière a aussi son importance; investir dans une série de manuels est une dépense que l'on ne peut pas renouveler chaque année, il faut donc être sûr de son choix.  


Rédiger un manuel explicite, aussi simple soit-il, est un travail de longue haleine si on le veut efficace. La rédaction d’exercices gradués doit prendre en compte toutes les contraintes de la charge cognitive. Le manuel devrait ensuite être testé dans les classes et modifié selon les réactions des élèves. Parfois à plusieurs reprises. C’est la démarche utilisée par le programme explicite Direct Instruction, à la fois pour la rédaction des scripts, pour celle des évaluations et des exercices de pratique. Il n’est pas surprenant que leurs outils soient très efficaces. Je doute que les éditeurs des manuels actuellement sur le marché pratiquent ainsi ; si c’était le cas, on n’y trouverait pas autant d’incohérences, voire d’erreurs.

L'Enseignement Explicite est une méthode pédagogique originale, elle se distingue de la doxa constructiviste. C'est pourquoi ses manuels ne doivent pas se couler dans le moule éditorial en vogue aujourd'hui et se cantonner à être des outils performants, abordables et une aide authentique pour les élèves et les enseignants. 

 


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