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vendredi 25 novembre 2016

L'esprit critique déserte les écoles



Une étude récente, menée par l’université de Stanford, montre que la majorité des collégiens américains est incapable d’esprit critique en matière d’articles d’information et prend pour argent comptant tout écrit, y compris des articles sponsorisés. Les jeunes sont particulièrement crédules lorsque les informations s’accompagnent de supports visuels. Si cela n’est guère surprenant quand on a l’habitude de fréquenter des élèves, on ne manquera pas de noter que ces élèves crédules ont été formés via des méthodes pédagogiques censées développer l’esprit critique des jeunes ; c’était là une vertu cardinale revendiquée haut et clair. 

En même temps qu’un allègement régulier des contenus des programmes s’opérait, on insistait donc sur des procédures permettant d’acquérir l’esprit critique. Par exemple, apprendre à questionner un document : qui l’a écrit ? dans quel but ? dans quelles circonstances ? pour qui ? qui était l'auteur ? Apprendre à croiser avec d’autres textes traitant du même sujet. Toutes procédures utilisables dans de multiples domaines. Ces procédures sont certes utiles mais il leur manque un élément essentiel : la culture qui doit obligatoirement les accompagner. Pour savoir si un texte est destiné à vous manipuler ou à vous berner, il est indispensable d’en savoir un minimum sur le sujet. Seul un certain niveau de connaissances permettra une lecture critique. Bien sûr, nous ne pourrons jamais être des experts universels ; mais il y a un minimum requis si nous ne voulons pas que les futurs adultes deviennent des cibles faciles pour les  multiples formes d’endoctrinement qui existent aujourd’hui.

Le problème avec cette approche est qu’elle se trouve en opposition complète avec la pensée pédagogique dominante pour qui l’instruction passe en second plan. E.D. Hirsch a longuement écrit sur la question et expliqué l’importance capitale de l’arrière-plan culturel dans le processus éducatif. Il a par exemple beaucoup insisté sur l’inutilité d’obliger les élèves à utiliser des stratégies de compréhension (qui, quand, quoi…) si ces mêmes élèves n’ont pas un minimum de culture correspondant au thème du texte étudié. Il appelle cela le formalisme, il s’agit de faire passer en premier les outils mentaux et de négliger les contenus culturels. Les stratégies de compréhension sont utiles mais si et seulement si elles s’accompagnent de la culture nécessaire. 

Malheureusement, à l’heure actuelle, l’acquisition durable de connaissances culturelles est le parent pauvre des programmes d’enseignement. Elles ont peu à peu disparu des ambitions éducatives au profit de processus de substitution qui en soi, n’ont aucun sens. Donnons un exemple : demander de rédiger un commentaire historique de l’Édit de Nantes à quelqu’un qui maîtrise parfaitement la méthodologie de cet exercice mais qui ignore tout et de cette loi et de la situation politique et religieuse de l’époque.Il en sera totalement incapable. 

Tant que l’on s’entêtera à mépriser les contenus culturels au profit de savoir-être et de savoir-faire, qui ne sont que des coquilles vides s’ils ne sont pas accompagnés de connaissances, les choses ne changeront pas. On sait aujourd’hui qu’Internet est partout, et qu’il véhicule des milliards d’informations ; que le meilleur y côtoie le pire. Et que le pire y excelle, se développant sur la crédulité des gens.  Face à cela, il devient urgent de donner aux citoyens de demain les moyens de distinguer le bon grain de l’ivraie. Cela passe par l’acquisition d’un bagage culturel. Et par conséquent  d'une véritable réforme des buts et ambitions de l’École.

Voir aussi D.Willingham La pensée critique





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