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samedi 3 octobre 2015

Des constructivistes infidèles




Les résultats de l’enquête Talis 2013 viennent de paraître. Il s’agit d’une enquête internationale s’interrogeant sur « les environnements d’enseignement et d’apprentissage dans les établissements d’enseignement. » L’une des thématiques abordées était : convictions, attitudes et pratiques pédagogiques des enseignants. 

Ce qui saute aux yeux est le décalage entre les convictions annoncées des enseignants et leurs pratiques de terrain. Le rapport constate la position dominante de l’idéologie constructiviste, dans les esprits tout au moins, comme il constate aussi dans les pratiques, des usages beaucoup plus directs et transmissifs, désignés par les rapporteurs sous le terme évocateur de « pratiques passives ».

Arrêtons-nous un instant sur cette dénomination. Elle révèle une méconnaissance absolue de ce qu’est un enseignement direct transmissif et contribue à la diffusion de ce mythe consistant à faire croire que les élèves concernés deviennent passifs, tout autant que les enseignants qui le pratiquent ; autrement dit, cela contribuerait à faire des élèves des imbéciles malléables, dépourvus de tout sens critique. L’image de « l’élève cruche » que l’on remplit, est très répandue pour illustrer ce mythe. Il est possible que cette croyance repose sur le souvenir de la pédagogie traditionnelle et des cours magistraux dispensés à des élèves, sans souci d’interaction avec eux et sans souci du devenir des connaissances transmises. Cela n’excuse pas la généralisation. Un enseignement transmissif direct, tel que par exemple, l’enseignement explicite, est tout sauf une pratique passive, ni pour l’enseignant, ni pour les élèves. Pour se faire une idée des raisons à cela on se reportera à ces articles.

La passivité des élèves repose sur au moins 3 raisons : l’élève ne comprend pas ce qu’on attend de lui ; l’élève comprend ce qu’on attend de lui mais n’a pas les moyens cognitifs pour réaliser la tâche (il n’a pas les connaissances et habiletés préalables) ; l’élève est déjà en échec scolaire et a intégré l’idée que de toutes façons, il n’y parviendrait pas. Voilà 3 éléments qui sont induits par une pratique constructiviste, trompeusement qualifiée « d’active ». En effet, laisser découvrir les élèves qui n’ont pas forcément les moyens de trouver la solution, les plonger d’emblée dans la complexité, ne pas vérifier les connaissances pré-requises, ne pas assigner d’objectif d’apprentissage clair et précis, voici quelques principes constructivistes de base qui, on le comprendra facilement, laissent de côté un grand nombre d’écoliers, lesquels s’installent dans l’échec et prennent en grippe les apprentissages scolaires, développent des problèmes de comportement. Nous avons tous vu des ateliers de recherche par groupes dans lesquels 1 ou 2 élèves au mieux sont actifs et les autres, complètement dépassés attendent que le temps passe, quand ils ne perturbent pas le groupe tant ils s’ennuient. 

D’ailleurs, l’enquête elle-même remarque que les enseignants avouent utiliser les pratiques dites « actives » pour les bons élèves et des pratiques transmissives dites à tort « passives » pour les élèves faibles ou en difficulté. Si le constructivisme était si efficace que la légende le laisse croire, on ne se heurterait pas à cette évidence de terrain. Il faudrait par conséquent aller beaucoup plus loin ce qui nécessiterait un certain courage de la part des décideurs de l’éducation. Le moyen le plus simple serait  de convoquer les données probantes.Les études, enquêtes, méta et méga-analyses expliquent depuis des décennies en long et en large qu’un enseignement guidé, direct et transmissif est bien plus efficace qu’un enseignement gentiment nommé « faiblement guidé ». 

Alors, même si les croyants praticiens constructivistes restent attachés à leurs convictions non étayées de preuves, ce qui est le propre d’une religion, ils avouent utiliser des pratiques transmissives en classe ;  cela signifie que la formation (ou plus exactement le formatage) subie n’est pas aussi solide que cela. Si les pratiques transmissives persistent, même clandestinement, en dépit de toute la désinformation effectuée à leur encontre, cela signifie qu’elles ne sont pas si inefficaces qu’on le prétend. Il y a aussi beaucoup d’enseignants, qui, par la force des choses, ont appris à distinguer les paroles des actes ; ils savent très bien tenir le discours officiel pédagogiquement correct, mais une fois dans leur salle de classe, ils ont toute liberté de faire ainsi qu’ils l’entendent. Il est à déplorer que les pratiques transmissives ainsi réalisées dans la clandestinité et sans y avoir été formés (puisqu’elles ne font pas partie des pratiques encouragées lors de la formation initiale), sont parfois dévoyées et se résument trop souvent à une pédagogie traditionnelle et magistrale telle qu’elle existait dans les années 50.

Quoi qu’il en soit, il serait temps qu’une prise de conscience honnête ait lieu. Au lieu de cela, le rapport conclut « qu’afin de favoriser un enseignement actif et l’acquisition des compétences dont les élèves ont besoin pour réussir dans la vie, les systèmes doivent aider les enseignants à trouver le juste équilibre entre leurs pratiques et des méthodes plus actives, en leur proposant par exemple des activités de formation continue ciblées sur les pratiques pédagogiques actives. »

Autrement dit, le constructivisme a donné les preuves matérielles et théoriques de son inefficacité, sur plusieurs décennies, sur de nombreux pays, mais il faut tout de même persévérer dans cette voie. Pourquoi ? Par fidélité idéologique, par acte de foi. Proposer toujours les mêmes solutions en espérant des résultats différents n’est-il pas communément qualifié d’acte de folie ? 
















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