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lundi 24 décembre 2012

Le dur métier d'enseignant




Les conditions de travail ainsi que l’épuisement professionnel des enseignants sont bien décrits par Brigitte Gonthier Maurin, paru dans son rapport sur le métier d’enseignant. Elle y évoque tour à tour le sentiment d’impuissance face à la classe, l’impression que de multiples obstacles empêchent le bon exercice du métier, l’augmentation des conflits (avec les élèves, leurs parents, la hiérarchie), l’isolement, la frustration née du décalage entre le métier tel qu'on aimerait l’exercer et le métier tel qu’on doit l’exercer, une formation non professionnalisante. Tout y est...

Par contre, au niveau des solutions proposées, on reste dans une espèce de flou artistique auquel nous sommes maintenant habitués. Sous couvert de véritables changements on nous annonce de grandes et nobles intentions dont on ne voit absolument pas par quels moyens réels elles pourraient être mises en œuvre. Ainsi pour remédier au malaise enseignant, il faudrait redonner du sens à l’école, restaurer la confiance de l’enseignant, convaincre les enseignants de la capacité de tous les élèves à apprendre, revoir la formation, et enfin créer des réunions de collectifs d’enseignants. Une fois de plus, on ne se rend pas compte que le malaise enseignant n’est que la partie émergée de l’iceberg et qu’il est le symptôme d’une maladie bien plus grave de tout le système éducatif.

Redonner du sens à l’école pourrait se faire en lui redonnant des objectifs spécifiquement scolaires et clairement définis, restaurer la confiance de l’enseignant en rétablissant son autorité. On pourrait commencer par l’autorité de statut (revalorisation financière du métier par exemple, une restitution du pouvoir pédagogique décisionnel). Depuis quelques temps circule aussi l’idée que l’on ne croit pas à la capacité d’apprendre de tous les élèves. Je serais curieuse de savoir qui est visé dans cette affirmation et quels sont les éléments qui permettent de l’affirmer. Peut-être est-ce en rapport avec le système de notation actuel qui révèle trop d’échecs. Enfin la création de collectifs d’enseignants hors de tout circuit hiérarchique, révèle le manque de volonté patent de prendre le problème à la racine. Bien sûr, il est bon de parler avec des pairs quand on a un problème, une « souffrance ordinaire ». Mais peut-être que les enseignants attendent plus de leur hiérarchie pour résoudre leur mal être.

Le ministère et son proche entourage regorgent de brillants “experts”. Et parmi eux, aucun n’a eu le courage de poser les questions suivantes :
1. Pourquoi les enseignants se sentent-ils isolés ?
2. Pourquoi n’ont-ils plus d’autorité ?
3. Pourquoi ne savent-ils pas gérer les classes à problèmes ?
4. Pourquoi sont-ils frustrés de ne pas pouvoir exercer leur métier correctement ?
5. Pourquoi rencontrent-ils des conflits quasi-quotidiennement avec les élèves, les parents, la hiérarchie?

Une réponse honnête de nos “éducrates” les obligerait à se renier eux-mêmes et à remettre en question l’ensemble de leur idéologie éducative car c’est bien de cela qu'il s’agit.

Qu'en est-il dans le monde réel ?

1/ Les enseignants se retrouvent seuls face à un problème qu'il soit pédagogique, ou administratif. Qui consulter dans ce cas ? Un conseiller pédagogique, qui la plupart du temps va les culpabiliser et leur faire comprendre qu’ils sont seuls responsables de la situation. Un autre pourra leur donner des conseils pratiques, la plupart du temps ce sera un recueil de recettes pédagogiquement correctes, qui au bout du compte compliqueront et alourdiront la tâche sans apporter plus d’efficacité. Voilà pourquoi, plus aucun enseignant n’appelle un conseiller pédagogique dès qu'il n’est plus tenu de le faire.

2/ Les enseignants ont perdu leur autorité car le métier a été dévalorisé dans la société, et ce pour plusieurs raisons. Leur autorité pédagogique a été mise à mal lorsqu'ils ont été dépossédés de leur pouvoir décisionnel en matière pédagogique et lorsque les parents d’élèves ont obtenu d’entrer dans les écoles et d’y avoir un rôle décisionnel. A l’heure actuelle, les pratiques pédagogiques sont remises en cause par certains parents d’élèves que ce soit via les systèmes d’évaluation, les méthodes, l’organisation pédagogique, les exigences de l’enseignant… D’où la multiplication des conflits parents/enseignants, qui parfois mêmes en viennent à la violence physique. À tel point que certains enseignants n’osent même plus réprimander certains élèves. En effet, en cas de conflit, verbal ou physique, l’enseignant sait très bien qu’il se trouvera tout seul, souvent accusé d’être lui-même à l’origine du problème. Les exemples sont légions.

3/ La gestion des comportements et des classes difficiles ne fait pas l’objet d’un apprentissage lors de la formation initiale ou continue. Pendant des années, on s’est imaginé que la gestion de classe ne s’apprenait pas, qu'il suffisait de créer par sa personnalité une atmosphère propice, et puis de faire inventer quelques règles de classe par les élèves. C’était une erreur car non seulement la gestion de classe s’apprend mais de plus, elle constitue la base de tout enseignement. Sans une bonne gestion de classe aucun enseignement ne peut réussir. Pourtant, il existe des travaux montrant toute l’efficacité d’une bonne gestion y compris dans le cas de classes difficiles. Pourquoi ces travaux ne sont-ils pas connus et diffusés ? Parce qu'ils vont à l’encontre de la doxa.

4/ Les enseignants et en particulier les jeunes sont frustrés car ils ne parviennent pas à être efficaces dans leur métier. Ils sont supposés avoir été formés et dès qu'ils se trouvent seuls dans une vraie classe, ils réalisent que ce qu'ils n’ont pas les outils pour enseigner. Dans quel autre métier voit-on ce genre de phénomène ?

5/ Pourquoi les conflits sont-ils leurs lots quotidiens ? Parce qu'il y a une recrudescence de parents et d’élèves sources de conflits. Pourquoi ? Parce qu'au nom des grandes idées, on les a tolérés depuis trop longtemps.

Une fois de plus, les solutions envisagées ne sont pas à la mesure des problèmes. Pour reprendre l’exemple cité plus haut, on constate que les enseignants sont frustrés de ne pas enseigner correctement. Il n’est qu'à se promener sur les blogs d’enseignants pour s’en persuader. Notons au passage qu’aujourd’hui, cela peut se dire, c’est un grand progrès. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que s’ils ne savent pas enseigner efficacement, c’est parce qu'on ne le leur a pas appris. Il serait peut-être temps que la formation se remette sérieusement en question et commence à proposer aux futurs enseignants des méthodes efficaces puisqu’elles existent. Pourquoi la France qui, en matière pédagogique, est si prompte à aller chercher ailleurs des méthodes pédagogiques (La Main à la pâte par exemple), ne s’intéresse-t-elle pas à celles qui venant du même pays ont un rapport favorable à l’efficacité ?  La solution n’est pas pour demain.


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