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lundi 22 juin 2015

La Commission des Fournitures Scolaires



Alors que tous les observatoires témoignent de la baisse incessante du niveau des élèves, alors que les enseignants le constatent dans leurs classes, notre ministère invente une « commission des fournitures scolaires ». Le but annoncé : réduire la charge financière des parents et celle du poids du cartable.

L’intention est noble et quoi de plus normal que de redire le principe de gratuité de l’école ; il est en effet  notoire que dans certains établissements secondaires, les demandes sont parfois extravagantes. Je suis personnellement attachée à la gratuité de l’école publique.

Ce n’est donc pas le rappel de ce principe qui a attiré mon attention mais les moyens utilisés pour le mettre en œuvre. Nous  sommes au cœur de l’univers de Boulghakov quand il raillait les comités et autres sous-comités de l’époque soviétique.
Comment s’y prend le ministère ? Il fournit un catalogue modèle de fournitures  à partir duquel devront être établies les listes des classes, lesquelles devront être constituées de « produits triables et recyclables ». Mais il ne s’agit pas de laisser chaque enseignant ou chaque école ou établissement décider. Qui sont-ils pour avoir un tel pouvoir décisionnel ? Et surtout, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, principe magistral des décideurs de l’Éducation Nationale. 

L’élaboration de cette liste, en vertu des principes démocratiques devra découler d’une concertation afin de « prendre en compte les préoccupations des différents acteurs de la communauté éducative ». Ici encore, l’hypocrite  principe de concertation, ayant largement prouvé son efficacité depuis la loi Jospin, se trouve perpétué, quoi de plus prévisible.

Prenons l’exemple du primaire. Avant même l’élaboration de la liste, il faudra communiquer aux parents les principes sur lesquels elle repose. Ensuite, il est vivement recommandé de constituer une « commission des fournitures scolaires » composée d’enseignants et de parents ; ce doit être un véritable « espace de concertation et de dialogue » devant « faciliter les échanges entre tous les acteurs ». Cette liste sera également examinée en conseil des maîtres ou conseil de cycle. Puis la commission siègera en Conseil d’école pour communiquer sa liste. Du moins, c’est ce que les vides du texte laissent à penser ; il n’est pas spécifié que le conseil d’école doit entériner par un vote. Dommage, cela aurait introduit une complication en complète harmonie avec l’esprit de la Refondation. 

Il y a une lacune énorme dans ce texte : les municipalités. Les communes financent les écoles primaires. Par conséquent, ce qui n’est pas acheté par les parents, devra être fourni par la municipalité. Par ce texte, le ministère communique positivement à l’égard des parents d’élèves. Je pense que c’est là son seul but mais c’est aussi là que le bât blesse. En effet,  chaque commune reste libre de décider de sa politique à l’égard de l’école. C’est ainsi qu’il y a une situation éminemment injuste sur le territoire national ; certaines écoles sont très bien nanties et d’autres beaucoup moins. Une commune peut très bien, pour des raisons x ou y, décider de consacrer une portion congrue  à son école. Les exemples seraient légions. Alors que d’autres en feraient une priorité. Même si les moyens matériels ne font pas tout dans la réussite scolaire, ils contribuent à créer des conditions favorables. Est-il juste que dans certaines écoles, les élèves aient chacun un manuel scolaire récent, propre et que dans d’autres ils en aient un pour deux ou de mauvaises photocopies ? Est-il juste que certaines écoles jouissent d’équipements informatique dernier cri et d’autres se contentent d’ordinateurs récupérés ? Est-il juste que dans certaines écoles du sud, en fin d’année, les élèves passent la journée dans des classes à plus de 35 ° derrière des baies vitrées alors que d’autres classes sont climatisées ? 

Une fois de plus, l’État affiche des intentions et ne se donne pas les moyens de les mettre en œuvre, trop inquiet d’être impopulaire auprès de certains. S’il avait  vraiment la volonté de diminuer les charges des familles, il pourrait :
Imposer ses propres listes (impopulaire auprès des enseignants)
Obliger les territoires à financer (impopulaire auprès des élus)
Veiller à ce que l’allocation de rentrée scolaire[1] soit utilisée pour financer la rentrée scolaire. Bien souvent, la somme n’est pas utilisée pour financer la rentrée des enfants. (Impopulaire auprès des parents d’élèves).
Il y aurait bien une autre solution : que les enseignants financent eux-mêmes ces fournitures. Curieux que nul n’y ait encore pensé …

En tout cas,  une fois de plus, preuve est faite que le choc de simplification n’est pas pour demain dans l’éducation et que le principe d’efficacité n’a pas pénétré les bureaux feutrés de la rue de Grenelle.
 

 
Sur la gratuité à l'école, vue du côté des enseignants voir aussi: http://explicitementvotre.blogspot.fr/2013/02/le-don-de-gratuite-dans-lenseignement.html


[1]  En 2015 pour un enfant de 6/10 ans, 362,63€ ; pour un enfant de 11/14 ans, 382,64 € ; pour un enfant de 15/18 ans, 395,9 €.

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