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dimanche 23 février 2014

La pédagogie explicite répond à des questions que les élèves ne se posent pas


Voici une phrase récurrente dans de nombreuses discussions de comptoirs virtuels. C’est la dernière trouvaille des détracteurs de cette pratique pédagogique. Pour ceux qui n’auraient pas compris, il s’agit d’un anathème, l’hérésie est mise à jour.

Cette accusation s’inscrit dans le dogme constructiviste selon lequel la transmission de contenus est secondaire, l’enseignant devant toujours agir à partir des motivations et du vécu des élèves, de leurs questionnements personnels. C’est un principe de base ayant pour ambition de maintenir l’élève dans son univers et de refuser les apports extérieurs (la culture). Voilà qui sous-tend une conception de l’école bien particulière. Comment prétendre former un citoyen éclairé si l’on boycotte les apports culturels qui sont le matériau de l’esprit critique. Mais la question n’est pas là.

L’enseignement explicite a pour ambition de participer à la formation du citoyen éclairé et libre, il insiste sur la transmission culturelle et choisit pour cela une méthode directe. Les connaissances et habiletés, qui par définition ne relèvent pas des apprentissages naturels s’acquièrent de manière consciente et dirigée, nécessitant des efforts. L’élève dès son plus jeune âge, est confronté à des nouveautés, à des questionnements que tout seul il n’aurait jamais eus.

Cette critique, on l’aura compris, s’appuie sur 3 éléments du credo constructiviste, des mantras que l’on nous ressasse depuis les années 70 : les contenus ne sont pas importants – la motivation – le vécu des élèves.

Ne rien apprendre
Plutôt que de transmettre des connaissances (extérieures à l’élève par définition) il faudrait créer les conditions pour que les élèves eux-mêmes acquièrent ce qui leur est nécessaire. Le tout habilement enrobé dans une idée d’épanouissement personnel de l’élève, d’acquisition d’esprit critique…C’est ce que E.D. Hirsch appelle le formalisme. Dans cette optique, l’élève est censé se poser des questions et le maître, plutôt que d’y répondre, fera en sorte qu’il se fabrique lui-même sa réponse. Dans le monde réel, un telle pratique révèle un élève avec des questions triviales, liées à lui-même ; il ne demandera jamais à son enseignant la nature du zéro en mathématiques, ni la façon dont on peut faire concorder les temps. Ce dogme revient à priver l’élève de connaissances car il est faux de prétendre que tout seul, par tâtonnement expérimental, il découvrira ce que l’humanité a mis des siècles à découvrir, d’autant plus que dans les situations de découverte qu’on l’oblige à subir, il est mis d’emblée face à la complexité, lui qui n’a aucune des connaissances pré-requises pour traiter le problème proposé.

L’enseignement explicite, lui, revendique haut et fort l’enseignement de connaissances et habiletés. De manière directe, de la part de celui qui sait vers celui qui ne sait pas encore. De manière efficace. Cette transmission n’est absolument pas une violence faite à l’élève, bien au contraire. Elle lui permet de sortir de son univers et de se construire des savoirs nouveaux. Elle lui permet de réaliser que les efforts qu’il fournit portent leurs fruits. Elle lui offre une compréhension nouvelle du monde qui l’entoure ce qui à terme, construit son esprit critique. L’esprit critique ne s’inculque pas sur du vide, il s’éduque en accompagnement des enseignements disciplinaires.

La motivation
La motivation dont il est question ici est une motivation externe à l’école, elle signifie que l’élève doit avoir envie de faire telle ou telle activité. Jamais il ne doit être contraint de faire une chose si elle ne lui convient pas. Or, l’enfant de lui-même, si on ne lui force pas un peu la main, aura tendance à rester dans son univers, à chercher l’assouvissement de ses besoins immédiats. « L’école nouvelle » et sa mouvance, malgré tout consciente des limites d’un tel principe, n’a pas hésité alors à manipuler les enfants, en les persuadant que le questionnement venait d’eux. Quoi de plus facile ? Honnêtement, combien d’élèves se sont levés le matin en ayant comme besoin urgent de fabriquer un gâteau au yaourt ou de faire le plan de leur classe ou encore d’aller interroger le boulanger du village sur son métier ?

Bien sûr, il faut susciter la motivation des élèves. Mais sans les manipuler, avec honnêteté. L’enseignement explicite est attaché à la motivation : celle-ci concerne l’envie d’apprendre et se construit sur les résultats obtenus, liés aux efforts fournis. Tous les élèves, et non pas seulement ceux qui réussissent aisément, sont capables d’être motivés par leurs résultats et de prendre ainsi plaisir à la découverte d’autres sujets. La motivation est propre à l’apprentissage et ne concerne en rien les intérêts particuliers de l’enfant. Savoir créer cette motivation est propre à l’enseignement explicite ; c’est ce qui fait des élèves des individus curieux et ouverts, à l’esprit dynamique. Les élèves adorent sortir de leur univers personnel pour découvrir d’autres choses. Alors pourquoi les en priver au faux prétexte que cela ne les intéressera pas ? C’est vouloir les maintenir dans leur état d’origine.

Le vécu
Croire que le vécu de l’enfant est un bon vecteur est un autre mythe. D’abord il faudrait parler des vécus car chaque élève vit des choses différentes de son voisin. De plus, on ne peut pas être sûr qu’il sera culturellement intéressant. Et quand bien même on réussirait la pirouette pédagogique d’introduire la notion de complément d’objet en partant du vécu d’un enfant passionné de hip hop, qui nous prouve que cela serait plus efficace qu’un enseignement direct du même sujet ? Ce qui est sûr, c’est que des années de telles pratiques, disant s'appuyer sur le vécu ont donné les piètres résultats que l’on connaît.

L’enseignement explicite s’appuie sur les données probantes dans lesquelles ne figure pas l’utilisation du vécu comme élément important en matière d’efficacité. Il assume la transmission de connaissances culturelles nouvelles pour les enfants. Il leur donne l’accès à ces connaissances et le plaisir lié à leur apprentissage afin que leur univers culturel grandisse de jour en jour, et ce pour tous les enfants, y compris ceux issus d’un milieu défavorisé.

Il est regrettable que les auteurs de ce genre de critique ne dépassent pas le stade de l’anathème pour présenter un raisonnement plus argumenté. En tout cas, l’enseignement explicite assume et revendique de proposer aux élèves des réponses à des questions qu’ils ne se posent pas. C’est ainsi que se constitue la culture. C’est beaucoup mieux que de susciter de fausses questions auxquelles l’enseignant ne veut pas répondre pour éviter un acte autoritaire et auxquelles les enfants n’ont pas les moyens cognitifs de répondre tout seuls.


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