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mardi 27 septembre 2011

L'efficacité en éducation: bannissement immédiat




L’IFÉ publie un dossier sur les pratiques efficaces. Cela mérite d’être annoncé à grand son de trompe. Pour mémoire, les recherches sur la question ont commencé dans les années 60 et elles sont légion. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. À la lecture du dossier constitué par Annie Feyfant, il semblerait que la véritable question qui se pose, l’introduction (ou non) des données probantes dans le champ éducatif, soit de fait sous-tendue par celle qui est livrée en conclusion : « L’efficacité est-elle une finalité légitime en éducation ? » (Marie Verhoeven). À elle seule, cette question est tout un programme.

Faut-il à nouveau rappeler que, pour le commun des mortels, l’efficacité est le rapport entre les buts que l’on s’est fixés et les résultats obtenus.  Pourquoi donc  la notion d’efficacité devrait-elle être écartée du champ éducatif, sauf à penser que l’école est une espèce d’entité sans but ni objectif spécifique. Quels que soient les buts qui lui sont assignés – et c’est là  la pierre d’achoppement des divers courants éducatifs – il y a toujours un rapport d’efficacité entre ce à quoi l’on tend (pour les uns des apprentissages scolaires réussis, pour les autres une bonne estime de soi, pour d’autres le bien-être personnel,  ou la justice sociale, ou encore la création de liens sociaux…) et les résultats obtenus par les moyens que l’on a choisis. Alors, avant de contester les conclusions sur les pratiques efficaces et de nier l’idée que toutes les pratiques ne se valent pas, peut-être faudrait-il honnêtement réfléchir sur les buts et les missions de l’école ainsi que sur les moyens les plus appropriés pour les atteindre.

Prenons un exemple. Une grande majorité de personnes s’accordent pour confier à l’école la mission de former le citoyen éclairé de demain. Mais les moyens pour ce faire varient fortement d’un courant à un autre. Ainsi aux États-Unis, dans les  années 70, on s’est imaginé qu’une bonne estime de soi était suffisante ; on a alors vu apparaître un grand nombre de méthodes supposées l’inculquer. Avec une efficacité toute relative, comme l’ont bien montré les travaux de Jean Twenge (Generation Me: Why Today’s Young Americans Are More Confident, Assertive, Entitled – and More Miserable Than Ever Before, 2007).

À l’heure actuelle, ce dossier de l’IFE en est la preuve, les recherches sur les pratiques efficaces sont de plus en plus connues. Au même moment, apparaît un discours partagé à la fois par les “pédagogistes” et les “anti-pédagogistes”, consistant à diaboliser l’efficacité à l’école au prétexte que cela réveille de vieux démons comme productivité, technicité, bref tout ce que le capitalisme a de plus horrible, inhumain et abêtissant. Il est facile de brandir de tels épouvantails en prédisant une abominable école destinée à former des techniciens serviles et incapables de penser par eux-mêmes. Mais on comprend aussi que ceux-là redoutent les conclusions des données probantes en matière d’efficacité : en effet, elles montrent que l’efficacité est liée à des méthodes bien éloignées des méthodes par découverte comme des méthodes traditionnelles.

En résumé, le rapport à l’efficacité des méthodes pédagogiques, mis en exergue par les données probantes, dérange trop de personnes dans le paysage éducatif français pour qu’il ait la place qu’il mérite dans les « sciences dites de l’éducation ». Alors plutôt que de les étudier attentivement et d’essayer d’en retirer quelque amélioration, on fait ce que l’on fait toujours dans cette situation, on jette l’anathème, on polémique sur les données statistiques, sur les indicateurs et autres détails techniques. Et quand, à bout d’arguments fallacieux, on n’a plus rien à dire, alors on brandit à la population le spectre d’une école utilitaire… avant de remettre en cause la notion même d’efficacité à l’école. La pirouette est éculée : plus d’efficacité, plus de thermomètre, plus de maladie. Malheureusement, combien se sont déjà laissés berner par ce type de discours, et combien le seront encore ?


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