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vendredi 17 juin 2011

Waiting for a school miracle




" Dans l'attente d'un miracle scolaire" est le titre d'un article de Diane Ravitch paru dans le New York Times le 31 mai 2011.


Diane Ravitch, enseignante en education à l’université de New York, est l’auteur entre autres de “The Death and Life of the Great American School System: How Testing and Choice Are Undermining Education” (La vie et la mort du grand système éducatif américain).


Diane Ravitch fait ici une critique de la loi No Child Left Behind, engagée il y a 10 ans et dont le but était d’amener tous les élèves à un niveau de compétence en lecture et en mathématique d’ici 2014. Critique portant sur les résultats et sur la mise en place des différentes mesures. Diane Ravitch a elle-même participé à ce programme.

Comme prévu par cette loi scolaire, les principaux et enseignants des écoles ne parvenant pas aux objectifs fixés ont été renvoyés et remplacés. Diane Ravitch estime que beaucoup d’autres écoles fermeront leurs portes d’ici 2014 si elles continuent d’inscrire des élèves en difficultés, issus de milieux défavorisés ou atteints de handicaps. Elle considère en effet que l’impact du milieu familial est tel que 100% de réussite n’est pas possible pour tous et considère comme utopique la position des politiques consistant à imaginer qu’un système fait d’un mélange de récompenses et de punitions sera source d’amélioration.
Apparemment, les leaders politiques tentent de montrer que la pauvreté n’est pas un facteur important en matière de réussite scolaire et s’appuient sur certains exemples particuliers. Exemples que Diane Ravitch réfute clairement : École Bruce Randolph (Denver), Urban Prep Academy (près de Chicago), lycée de Miami. En analysant de plus près les chiffres annoncés, elle signale qu’ils sont faux et que les écoles en question, comparées aux autres écoles des États auxquels elles appartiennent sont bien au-dessous ; elle mentionne aussi le cas d’une école de New York qui a intéressé les médias en 2005 pour ses soudaines améliorations selon les standards en lecture, résultats qui n’ont pas tenu sur la durée puisque l’année d’après ils étaient à nouveau tombés bien bas.

A travers cette analyse, Diane Ravitch tente de faire passer ce qui à ses yeux est la cause majeure de l’échec scolaire : le déterminisme socio-économique. Pour elle, c’est la famille qui peut faire la différence à l’école et par conséquent, elle en conclut que c’est vers elle que les efforts d’aide et d’accompagnement doivent d’abord porter, non sur les principaux ou les enseignants (éducation parentale, soins prénataux, écoles maternelles). Pour elle, l’école doit se contenter d’avoir un personnel stable, des ressources correctes et un programme riche (arts, langues étrangères, histoire, science).

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Diane Ravitch diminue autant que faire se peut le rôle de l’école dans la réussite scolaire. Ce faisant, elle rejoint le courant de tous ceux qui attribuent des causes externes à cet échec et qui, par conséquent, cherchent des solutions externes à l’école.

Il est surprenant qu’une personne aussi impliquée dans les questions éducatives, et que l’on suppose informée des dernières recherches en la matière, n’évoque même pas l’éventualité de l’impact des méthodes pédagogiques dans l’obtention de résultats. La seule mention proprement scolaire est celle des contenus disciplinaires, comme si ceux-ci, une fois que l’on aurait éradiqué la pauvreté, pourraient à eux seuls garantir un bon niveau pour tous. Or un curriculum, aussi valable soit-il, est inutile tant qu’il n’est pas accompagné d’une méthode pédagogique efficace.

D’un revers de manche, elle balaie toutes les données probantes relatives à l’effet-maître, à l’effet-école et à toutes les expérimentations menées sur l’impact des méthodes. Comme par exemple l’étudede Wang Haertel et Walberg (1993), cette méta-analyse reposant sur 50 ans de recherche et 11 000 résultats statistiques ; la question posée était : qu’est-ce qui influence la scolarité des élèves ?  La grande révélation de l’étude de Wang, Haertel et Walberg, fut que l’école a plus d’influence sur la réussite scolaire que le milieu familial, contrairement à ce que l’on croit généralement. L’école peut agir sur les deux  facteurs qui arrivent en tête : la gestion de classe et les processus méta-cognitifs.

Aucun enseignant ne pourrait nier l’importance du milieu familial sur la réussite scolaire, ce serait ignorer l’évidence. Mais doit-on pour autant stopper net l’analyse en attendant une hypothétique révolution sociale qui bannirait à tout jamais la pauvreté ? L’échec scolaire est une chose extrêmement complexe, formée d’un faisceau de plusieurs facteurs. Les données expérimentales et les apports des sciences cognitives ont montré que l’école peut contribuer à l’amélioration des choses y compris et en particulier pour les enfants issus de milieux économiquement défavorisés.

Par ailleurs, focaliser uniquement sur la pauvreté économique revient à occulter une grande partie du problème. En effet, il existe aujourd’hui une catégorie sociale de plus en plus nombreuse, non démunie matériellement mais dans la plus grande détresse culturelle et pour qui l’école n’est rien d’autre qu’une garderie gratuite. Les enfants de ces familles réussissent peu à l’école. Autant on peut imaginer l’État apportant une aide matérielle aux démunis (nourriture, santé…), mais comment pourrait-il intervenir auprès de ces milliers de personnes qui dénigrent l’école, son rôle instructif, et ont le plus profond mépris pour son personnel ? Comment faire passer l’idée que l’école a une mission instructive qui nécessite du travail et des efforts et qu’elle n’est ni une garderie ni un centre de loisirs ? Mission d’autant plus difficile que les décideurs et la “pensée pédagogiquement correcte” ont œuvré depuis des années pour minorer la place des savoirs à l’école.



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