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jeudi 30 juillet 2009

Les enfants sont-ils stressés ?


«  Les enfants sont stressés », sous-entendu, par l’école et par la course à la performance qu’elle exige. Voilà une idée fort répandue aujourd’hui. Il est très à la mode d’utiliser ce mot pour diverses situations. Il signifie une tension nerveuse provoquée par de multiples causes dont les plus connues sont les pressions liées au travail, les exigences de performance, etc. On l’employait au début pour des adultes uniquement. Maintenant, on découvre que les enfants aussi sont stressés.

Plutôt que stress qui renvoie à une hypothétique pression exercée par l’école, je préfère parler pour les enfants (du primaire) de troubles du comportement, qu’en effet on ne peut pas ignorer. Ils se manifestent de diverses manières :
-agitation permanente,
-réactions violentes,
-insatisfaction,
-incivilités,
-non respect des règles,
-énormes difficultés de concentration,
-tendance à « zapper » d’une pensée à une autre ou d’une activité à une autre, y compris dans le cadre d’activités ludiques et récréatives.

Ce type de comportement, curieusement, s’est accentué alors que l’école devenait un lieu d’épanouissement et de plaisir. L’école d’antan, autrement plus dure sur le plan de la discipline et sur celui du rapport aux résultats, ne connaissait pas un tel phénomène.

S’il est difficile de repérer les causes de cet état de fait avec précision, il y a à mon sens trois axes de réflexion : le statut de l’enfant dans la famille, le statut de l’élève dans l’école, et enfin la place du savoir et de l’école dans la société.

C’est un truisme de dire que le statut de l’enfant dans la famille a changé. L’enfant roi n’est toujours pas déchu : l’enfant au sommet de la pyramide familiale, celui à qui l’on apprend « qu’il peut tout avoir et qu’il a droit à tout »[1], qui ne doit absolument pas connaître la frustration, ni l’effort, ni les règles … Cet enfant ainsi non éduqué aura du mal à se plier aux règles de l’école et à tous les efforts qu’il faut faire pour apprendre, aussi minimes soient-ils. Cet enfant ne comprendra pas qu’à l’école, tous ses besoins ne peuvent être satisfaits immédiatement. Cette différence entre son vécu familial et son vécu scolaire lui pose problème, crée un conflit. Voilà donc un point important si ce n’est le plus important, dans les comportements à problèmes à l’école. Cela ne facilite pas la tâche de l’enseignant qui doit alors consacrer beaucoup plus d’énergie à transformer les enfants en élèves afin que les apprentissages se fassent au mieux.

Le statut de l’élève dans l’école a lui aussi changé. Les pédagogies d’après 70 ont mis l’élève au centre, en faisant le bâtisseur de ses propres connaissances. Elles ont aussi voulu faire de l’école le prolongement de l’extérieur, un lieu de vie et de plaisir avant tout, pensant que les apprentissages scolaires pourraient mieux se faire ainsi. C’est ainsi que l’enfant roi de l’extérieur s’est transformé en élève roi. De plus, on a cessé d’avoir de hautes ambitions pour les élèves en termes d’apprentissages, préférant niveler par le bas. Résultat : les élèves ont perdu l’habitude de faire des efforts, d’adopter un comportement propre à l’étude. La plupart des parents d’élèves se sont laissés convaincre quand on leur disait par exemple que le développement naturel de l’enfant était tel qu’il ne fallait pas s’inquiéter si leur enfant n’apprenaient pas à lire en CP. Le déclic se ferait quand l’enfant serait « mûr » pour cela. Voilà comment peu à peu on a construit une école centre de loisirs, peu exigeante quant aux résultats et ne se donnant pas les moyens d’en avoir.

Enfin, dans la société actuelle, il faut bien reconnaître que le savoir n’est plus un passage obligé : dévalorisation des diplômes, chômage… Ainsi, de nombreuses familles ne considèrent pas l’école comme la voie royale pour l’avenir de leurs enfants. Quand l’école n’est pas valorisée dans la famille, quand les études sont dénigrées, quand les savoirs sont dépréciés, l’enfant va ressentir l’école comme une contrainte, avec toutes les conséquences comportementales que cela peut entraîner.

Ce qui m’attriste le plus aujourd’hui est cette espèce d’insatisfaction permanente que présentent les élèves. Insatisfaction propre aux gavés qui en veulent toujours plus ; insatisfaction propre à ceux à qui l’on n’a jamais fixé de règles ; insatisfaction propre à ceux qui ignorent le sens du mot effort. Mais puisque c’est d’école qu’il s’agit, ce serait certainement à l’école de remédier à cela, au moins en partie : en étant exigeante envers les élèves, en les tirant vers le haut, et en se donnant les moyens (notamment pédagogiques)  d’obtenir de meilleurs résultats pour tous.

Que tant d’enfants présentent les troubles décrits ci-dessus n’est pas une fatalité, ce n’est pas non plus les exigences scolaires qui en sont la cause, mais plutôt la concomitance d’une non éducation parentale alliée à une démission de l’école dans sa mission d’instruire véritablement tous les enfants qui lui sont confiés.




[1] . Aldo Naouri, Éduquer ses enfants – L’urgence aujourd’hui, Odile Jacob, Paris, 03/2008, 336 p.






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