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vendredi 15 novembre 2013

L'efficacité mesurée des manuels de lecture au CP

Lecture au CP : un effet-manuel considérable
Sous la responsabilité scientifique de Jérôme Deauvieau
Avec la collaboration de :
Odile Espinoza
Anne-Marie Bruno


 Cette étude, conduite par l’université de Versailles, porte sur l’efficacité des manuels de lecture en CP. Soulignons le côté innovant pour la recherche française de vouloir évaluer l’efficacité des manuels et par-delà, des méthodes qu’ils illustrent. Ce rapport mérite vraiment une lecture car d’une part, il montre toute l’importance du choix d’un manuel et par ailleurs il confirme ce que la recherche, essentiellement anglo-saxonne, dit depuis longtemps, à savoir l’efficacité d’un apprentissage systématique du code phono alphabétique.

Quelques observations de départ me semblent intéressantes à souligner : la méthode globale a disparu des salles de classe au profit d’un large éventail de méthodes mixtes dans lesquelles la place du décodage varie. Les méthodes syllabiques (ou alphabétiques) sont très minoritairement utilisées et ont toujours mauvaise réputation. Beaucoup d’enseignants ont tendance à vouloir bricoler eux-mêmes leur méthode. Mais ceci n’est pas spécifique à la lecture et  s’inscrit dans un mouvement général de dénigrement des manuels. Enfin, les chercheurs ont constaté la persistance de cette croyance selon laquelle l’efficacité tiendrait plus aux qualités personnelles et pédagogiques de l’enseignant qu’à la méthode utilisée.

Au passage, on notera la définition qui est donnée de la méthode syllabique ou « apprentissage du code graphophonologique, qui procède par déchiffrage et non par « leçons de sons », qui est progressif, systématique, et bannit toute mémorisation globale de mots (y compris les « mots-outils ») et toute lecture devinette, l’élève devant pouvoir déchiffrer tout ce qu’on lui propose à lire sans l’aide du maître »

La conclusion met l’accent sur les éléments suivants.
  • La réussite est proportionnelle à la part laissée à l’étude du code. Encore faut-il que ce code soit enseigné de manière systématique et progressive.
  • Le décodage n’est pas l’ennemi de l’accès au sens comme le soutient un mythe bien répandu. Le déchiffrage et la compréhension vont ensemble car avant d’avoir une chance de comprendre, il faut déchiffrer le mot ou la phrase. Mais cela n’est pas nouveau, Gough le disait déjà en 1986 dans un modèle qui faisait de la lecture le produit mathématique de la compréhension et du déchiffrage.
  • Le manuel le plus efficace avec des enfants de milieux défavorisés est à la fois très exigeant sur l’enseignement du code mais aussi sur la qualité des contenus littéraires.

 Voilà donc un rapport qui, s’il était largement diffusé en formation initiale et continue, pourrait sans doute aider les enseignants à exercer leur liberté pédagogique d’une manière plus éclairée. Cette liberté, à laquelle nous sommes tous très attachés, ne doit s’exercer que dans le cadre du rapport réel aux résultats et non pas dans celui, plus subjectif, d’une attractivité peu argumentée. Les manuels étudiés dans cette recherche sont certes énumérés ; il est à regretter cependant qu’on ne présente pas un tableau détaillé de chacun d’eux, avec leurs points positifs et leurs points négatifs ainsi que les résultats obtenus.


Les chercheurs en enseignement efficace se plaisent à dire que l’enseignant professionnel est celui qui est capable de faire ses choix pédagogiques guidé par le filtre du rapport  aux résultats établi par la recherche. Espérons qu’un tel document puisse contribuer à re-professionnaliser ce métier et à faire de l’efficacité le maître mot des pratiques individuelles, faisant ainsi tomber les nombreux mythes empêchant un enseignement réussi de la lecture. 


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